Astrīde Ivaska // Chants de feu // Litterature Lettonne. Tulk. Rose-Marie François.

-Chants de feu // Litterature Lettonne. Tulk. Rose-Marie François. Latvijas Literatūras centrs (2005)

1.

Le feu brûle comme le destin
si loin, sans fin
brûle dans la bouche noire de l’âtre
depuis longtemps, sans fin.
La braise incandescente
est comme le destin,
effroi sans fin depuis si loin
si tendre.

2.

Une flamme rejaillit…
il n’est pas mort, non pas mort, non pas encore.
Il bouge en quelque lieu.
le chat du feu.
Etouffe, enfoui sous les cendres,
Inouï depuis de tant d’années,
il va jaillir,
comme le soleil revient,
comme rejaillit la flamme,
le chant du feu.

3.

Il brûle, c’est sûr. Tu ne le vois pas.
Crois-moi, les flammes brûlent tour à tour.
Tu ne le crois pas. Crois-moi,
sa force suffira. Il brûle sans fumée,
il brûle sans bûcher. Rien que désir ardent,
rien que ce vif désir. Crois-y.
Il ne s’éteindra pas. Crois-en les flammes.
Tu ne disparaîtras pas.



En silence
Nous nous entendrons dans le silence
V. Strēlerte

1.
Demain sera le dernier jour de février
mais cette nuit deja les vents de mars se déchaînent dans
les frênes. Assise dans l’obscurité, j’écoute le silence,
les vents de mars, un train qui siffle au loin.
Et lentement, comme la trace du cheval imprimée dans la boue
s’emplit de pluie, je m’emplis d’amour,
jusqu’à mes lèvres je m’amplis d’amour.



2.
Dans la nui de printemps, je rejette ma couverture :
il m’a semblé entendre des lapins sautiller au jardin.
Ce matin, c’était un premier roucoulement de ramier,
mais après, le vent s’est retourné vers l’est.
Dans la nuit de printemps, tout oreille je me demande
à quelle distance habite le prochain poète.



Cela fait longtemps cette légèreté

Cela fait longtemps cette légèreté,
cette fraîcheur, cette tendresse,
se silence et pourtant cette proximité.
c’est si profond et si poignant
qu’il n’y plus de lieu où fuir,
il n’y a pas de lieu où fuir.

Traduction: Rose-Marie François